Et si l'abeille avait prévenu l'homme pour le covid-19 ?

Billet d’humeur sur le covid-19 et l’apiculture : les abeilles ont prévenu l’Homme des difficultés à venir mais ils n'ont pas écoutés.


Les apiculteurs connaissaient déjà l’impact de la mondialisation sur la santé des êtres vivants


Les abeilles ont souffert avant l’homme de la mondialisation des échanges. Les apiculteurs, témoins impuissants, ont été parmi les premiers à comprendre les effets potentiels d’une mondialisation à outrance. Nos abeilles pâtissent de l’importation accidentelle depuis l’Asie du varroa et du frelon asiatique qui affaiblissent inexorablement les colonies. Elles nous ont prévenus, au fil des colonies qui s’éteignaient, que des points de rupture étaient atteints. Les apiculteurs, désemparés, ont relayé le message : le monde a basculé, les équilibres ont été bouleversés.


Les abeilles sont les sentinelles de la nature, elles sont au croisement du végétal, de l’animal et de l’humain, sur la crête des mondes sauvage et domestique. Leur état sanitaire est un baromètre de l’état du monde. Il fallait être sacrément déconnecté de la Nature, et drôlement ignorant des liens, pour se penser à l’abri alors que les abeilles agonisent. Comment pourrions-nous aller bien quand les animaux vont mal ? Il y a une seule santé, la santé de la vie. Sans se plaindre, les abeilles ont joué un rôle de fusible. Mais nous n’avons pas diminué l’intensité des échanges aberrants. Nous avons ignoré les signes, notre société n'a pas su les entendre.

Pourtant, beaucoup d’entre nous le ressentions au fond de nous-mêmes, au niveau individuel. Mais le monde d’avant faisait fi des intuitions, c’était le monde des certitudes, des grosses machines, et de la chimie qui ne font pas dans la dentelle. Les détails ne comptaient pas, et les consciences qui s’émouvaient, dont les apiculteurs, étaient vu comme des empêcheurs de tourner en rond.


Oui mais voilà, les détails se sont accumulés. Nous avons coupé en France le détail de 750000 kms de haies dans le cadre du remembrement agricole, 18 fois le tour de la terre. Nous avons importé un minuscule parasite, le varroa, et un prédateur de plus, le frelon asiatique, pourtant pas plus gros que notre frelon à nous. Sans oublier, et cette fois on n’est pas à l'échelle du chouïa, que nous sommes le pays d’Europe qui épand le plus de pesticides. Au total, l’accumulation des dommages collatéraux à la logique productiviste à un effet bien visible : une colonie d’abeilles sur trois meurt chaque année.



L’abeilles déclarée l’être vivant le plus utile sur Terre, l’homme saura-t-il ne pas être le plus néfaste ?


En 2016, les Etat-Unis ajoutent les abeilles à la liste des espèces menacées. En 2019, l’abeille est déclarée l’animal le plus utile sur Terre par la Royal Geographical Society.

Qu’en est-il de l’homme ? Le Covid-19 révèle les mécanismes à l’oeuvre. Comment continuer de nier notre impact sur la Nature alors qu’il apparaît qu’en cette période où l’Homme est confiné, la Nature reprend des forces et resplendit. L’Homme, qui agissait en maître de la Nature, se retrouve terré. Quel effet ça fait de se retrouver du côté des espèces menacées ?


Pourtant ne jetons pas le bébé avec l’eau du bain. Méditons ce que la Terre nous fait comprendre, arrêtons d’être arrogants et simplistes, questionnons le prima des logiques économiques. Nous sommes à l’aube d’un cycle, comme il y en a toujours eu, une nouvelle page dans les livres d’Histoire comme les autres pages des siècles passés. Pas de quoi paniquer, mais une bonne raison de s’adapter. Les mêmes causes produisants les mêmes effets, reprendre nos mauvaises vieilles habitudes post Covid-19 entraînera d’autres crises. “L’enfer sanitaire du Covid-19 est un paradis philosophique”, entendais-je récemment.



Il est des sujets qui ne doivent pas dépendre des logiques économiques


On ne part pas de zéro, certains préparaient déjà les bases du monde d’après, souvent silencieusement, au contre-fond de leur rucher ou de leur champs. Les tendances à faire autrement sont déjà à l’oeuvre, influencées par le grand livre de la Nature plutôt que par les chaînes d’informations rapides. Il est des sujets qui ne doivent pas dépendre des logiques économiques. Les hôpitaux gérés à flux tendus pour faire des économies l’illustre tristement. Les soignants, comme les apiculteurs, manifestent en vain.


Notre Recherche a elle aussi subit l'assaut des logiques économiques et de l'impératif de rentabilité. On lui reprochait d’être trop théorique et de ne pas déboucher commercialement. Elle a fini par courber l'échine, soumise. Elle aurait dû rester droit dans ses bottes. Dans l’apiculture cela se traduit par des traitement varroa chers et complexes, souvent inefficaces ou déconnectés de la réalité des pratiques apicoles. On oblige les apiculteurs à lutter contre varroa destructor uniquement avec des produits ayant obtenus une Autorisation de Mise sur le Marché (AMM). Pourtant quelques chercheurs travaillent pour les abeilles et pas pour le profit. En témoigne la méthode mise au point par les Dr. Eliza CAUIA et Adrian SICEANU, de l’Institut de Recherche Apicole de Bucarest, que j’ai pu tester et approuver par moi-même. Leur méthode, basée sur un produit organique, l’acide formique, est déstabilisante de bon sens. Pourquoi est-il si difficile de mettre au point des procédures si simples ? Parce qu’elles ne généreront aucun bénéfices pour leur laboratoire, le produit utilisé étant présent naturellement dans la nature. Comme le dirait un certain Bourguignon, il faut arrêter de faire de l’agronomie (de nomos, la règle) et de vouloir imposer une loi à la nature, pour se tourner à nouveau vers l’agrologie et la compréhension des logiques naturelles.


Souhaitons que cette crise ne soit pas vaine et qu’un basculement s’opère où l’humanité serait plus subtile dans ses décisions, moins froide dans son fonctionnement. Plus féminine finalement, à l’image d’une colonie d’abeilles ou de notre belle planète, qu’on l’appelle Terre, Gaya ou Pachamama. La Nature est capable de tout supporter, le froid, la sécheresse, les tempêtes, tout sauf les excès de l’homme. Le tournant écologique avait sûrement besoin d’une crise pour être amorcé. Le changement sera réel quand ceux qui travaillent avec la nature vivront décemment.



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