Le miel des abeilles ou le sucre de la betterave : un choix à l’addition salée

Pour une fois commençons par la morale. L’ironie noire de cette histoire : les betteraves cultivées à renfort de néonicotinoïdes affaiblissent les colonies d’abeilles. Pour les renforcer et les aider à passer l’hiver, les apiculteurs les nourrissent… avec du sucre issu de ces mêmes betteraves !


Nous ne sommes pas à un paradoxe prêt quand on se souvient qu’en 2016 c’est Mme Pompili, alors secrétaire d’État à la Biodiversité, qui avait fait interdire les néonicotinoïdes, et que c’est maintenant sous sa mandature de ministre de la Transition Écologique que ces mêmes néonicotinoïdes sont réintroduits. On pourrait en rire si le sujet n’était pas celui de la destruction de la biodiversité.



Je me suis installé comme agriculteur il y a 3 ans et je connais les difficultés de ce métier. Alors je comprends les témoignages des betteraviers qui expliquent leurs pertes de rendement, de revenus et au final d’emplois. Cependant, la filière agricole ne doit pas compter que sur ces lobbies pour faire retarder la mise en application des lois, et le jour venu faire pleurer dans les chaumières avec l’argument de la perte d’emploi.


Le changement des pratiques est inévitable !

La filière agricole ne peut plus se contenter de freiner et se doit de devenir motrice de la création de la nouvelle agriculture française. Tout est à repenser, jusque dans les termes. Lorsque la Direction Départementale du Territoire (DDT) m’a envoyé il y a deux ans le graal de tout prétendant agriculteur, à l’issu d’un fastidieux parcours d’installation, j’ai ressenti un malaise, une culpabilité : j’étais officiellement “chef d’exploitation”. Le mot a sonné désuet, violent, et si masculin dans cette nouvelle aire du feminin. Je ne veux pas exploiter la nature, je veux la mettre en valeur, la restaurer. Alors je dis que je suis paysan, paysan meunier. Il y a “pays”, mon pays à moi c’est le pays giennois en l'occurrence, qui marque un ancrage local. Il y a aussi “paysage”, et là c’est ma partie préférée. Je peux modeler le paysage autour de moi. Je replante 10 km de haies dans mes nouvelles parcelles, et tout devient beau, et tout devient gai.


Mais revenons à nos betteraves : la jaunisse de la betterave est transmise par des pucerons.

Les prédateurs de ces pucerons sont des coccinelles par exemple, qu’on appelle des auxiliaires de culture en agriculture. La coccinelle est capable de se déplacer de 80 mètres par jour. On comprend pourquoi les coccinelles ne peuvent plus jouer leurs rôles quand les champs font désormais plusieurs km de longs sans la moindre haie. Le champ de betterave idéal devrait donc faire 160 mètres de longs, entouré de haies. En disant cela, nous parlons donc d’un changement complet de modèle.


Notre agriculture ultra-productiviste, pensée dans un contexte de sortie de guerre, avait fait son job, re-nourrir un continent affamé. Elle a aussi fait son temps. Une solution de crise ne peut être une solution pérenne, ce ne peut être qu’une étape.

Il est grand temps de revenir à des pratiques plus durables. On ne peut pas sur-exploiter dans la durée. C’est une loi de la nature, le coureur ne court pas un marathon au rythme d’un sprint, l’orchestre ne joue pas forte forte en permanence sous peine de perdre toute harmonie. Il est plus que temps de passer à une agriculture durable. D’ailleurs ne parlons pas de rendements faibles avec ces nouvelles pratiques, mais de rendements justes.


Pour y arriver, il y a deux rythmes dans cette histoire.

À court terme, donner des armes aux betteraviers pour remplacer les néonicotinoïdes. Depuis l’interdiction des néonicotinoïdes il y a quatre ans, rien ne semble s’être passé. Où sont les travaux des instituts publics de recherche fondamentale ? Quelles ont été les mesures prises par la filière betterave pour anticiper l’arrêt des néonicotinoïdes ? Si les alternatives concrètement applicables existaient, alors on pourrait reprocher fermement aux agriculteurs de ne pas les utiliser.


À long terme, c’est la transition vers une agriculture agroécologique qui est la seule solution viable. Il faut néanmoins comprendre que c’est un autre métier avec une autre logique, d’autres pratiques, un autre emploi du temps, d’autres outils et d’autres compétences. Il est entendu que les agriculteurs ne peuvent pas passer d’un modèle à l’autre facilement. La moitié des agriculteurs touchent environ l'équivalent du RSA, introduire du risque et des investissements dans ce contexte est impensable pour la plupart d’entre eux. Par contre le changement peut venir progressivement des jeunes qui s’installent, que l’on pourrait inciter dès le début à partir sur de nouvelles pratiques.


Et au-delà d’une alimentation plus saine c’est un art de vivre qui renaîtra. La campagne retrouvera ses charmes, parée de haies et de bosquets. Nos provinces s'animeront de la main d’oeuvre nécessaire à ces nouvelles pratiques. Les balades s'égailleront des chants variés des oiseaux. Gageons que notre production agricole s’exportera à prix d’or, axée sur les qualités nutritionnelles et le goût plutôt que les quantités.

Les viticulteurs ont su garder la notion de terroir, c’est toute l'agriculture française qui doit s’en inspirer. Ces débats sur l’usage ou non de certains pesticides sont bien tristes et ne mettent pas à l’honneur notre territoire, notre savoir-faire, notre capacité d’innovation, ni notre gouvernance. Décider de l’arrêt des néonicotinoïdes puis les ré-autoriser parce que rien n’a été fait pendant 4 ans est la solution la plus facile qui puisse être imaginée. Evidemment que d’autres secteurs vont eux aussi demander des dérogations et finalement nous resterons empêtrés dans ce vieux modèle de production.


Tout ce qui se mesure s'améliore

Quand l’Etat est absent, ce sont les citoyens qui reprennent les rennes. Ces deux dernières années j’ai mis au point une porte connectée pour les ruches. Nous mesurons notamment les entrées et les sorties des abeilles pour surveiller le phénomène de dépopulation et l’affaiblissement des colonies d’abeilles. La technologie fonctionne, couronnée par un brevet. Dès que nous aurons réuni les fonds nécessaires à l'industrialisation de la porte, nous pourrons la mettre entre les mains de tous les apiculteurs qui partageront les données de leurs ruches sur le terrain avec les chercheurs pour enfin mieux comprendre ce phénomènes et faire avancer le débat autour des produits phyto-sanitaires.





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